samedi 19 mai 2018

"Eau !!" (Oh !!) ...une arche...

Bien sûr je fais référence à ma quête de l' arche de la Serra de Vingrau (clic)
Tout juste avant mon billet précédent sur "Parau"(clic) en Ariège. Tout n'est qu'une histoire en "eau".
Entre les deux je roulais vers l' Ariège, un jour qui ressemblait à s'y méprendre à l'été, la semaine dernière, quand, en voyant les rivières gonflées du département de l'Aude, je pensai à Roquefort les Cascades.
Roquefort est un minuscule village qui peut passer inaperçu tant il est petit, même si on le traverse de part en part, ce qui est fort vite fait. Un petit village d' Ariège, près de Lavelanet et on peut y lire un panneau indiquant le parking des cascades.
Roquefort les Cascades - Ariège- 09

Une rivière passe dans le village, la Turasse,  et longe le grand parking qui peut accueillir beaucoup de visiteurs.

La Turasse

Car c'est bien une curiosité géographique qui se trouve là bas.
Le village est surplombé par une ligne de crêtes fort élevée par rapport à lui, 200 m de haut, un site très boisé et  plutôt joli.

 La rivière,  qui bondit dans le village,  ne coule pas toujours : seulement quand il a suffisamment plu pour alimenter sa source à flanc de montagne, en plein milieu des bois.
Sur une dénivellation de 30 mètres, une série de cascades se jettent dans le vide mais la curiosité vient de la roche: les eaux chargées de bicarbonate donnent une croûte pétrifiée de tuf, un matériau de construction nommé aussi travertin. La texture en est poreuse, sous forme de coussins arrondis, matériau léger et fragile s'il en est.
J'ai toujours vu ce site sans eau : il a son charme car il y règne une lumière verte et glauque, due aux végétaux exubérants, grandes fougères et autres. Mais en eau, quelle beauté !
Là, après les pluies, la balade est musclée bien que très courte : le sol glisse comme verglas et c'est un bataillon de touristes au pas incertain qui grimpent et descendent.

Dans un bruit assourdissant de chutes d'eau, on se croirait loin, là bas, dans les îles qui font rêver.
Je prendrai le temps cette fois, parce que bien chaussée, de remonter la rivière jusqu'à son exurgence, dans un pierrier où elle jaillit de sous terre dans un grondement.Puis elle sautille de marche en marche dans la forêt avant un grand saut dans le vide.
Et là que vois-je, au pied de l'immense cascade ?
Une arche !!! Sous laquelle coule une partie de la rivière.
Moi qui cherchais une arche sans eau dans la montagne de Vingrau...

Vous me suivez ?



Du parking, vue sur le site et la "montagne"

On rencontre d'abord un immense tilleul
au bord de l'eau

Près de lui chante la dernière cascade
On prend le sentier en sous bois
Et on rencontre vite une autre cascade

Puis la plus imposante, qui se jette de très haut
Dans un brouillard d'embruns, il y a une fascination à voir cela.

Et une profusion de fougères

Beaucoup de verdure


La roche nommée tuf

Douce, poreuse , crevassée
Je remonte jusqu'à la source :

Elle jaillit de sous les rochers moussus alors que je l'entends
gronder sous mes pieds




Très vite elle grossit et devient ruisseau

Alimentée par d'autres exurgences elle devient
 rivière bondissante

Puis étale ses eaux laiteuses où se reflète le ciel

Avant son grand saut dans le vide

Et son passage malicieux sous l'arche

mercredi 16 mai 2018

Parau (09) tout là haut, 2150 m, dans la neige

Ma vie est très modeste.
Elle est faite de rêves, modestes, que j'essaie de transformer en projets. Et de les réaliser.
Tant qu'il y a des projets, il y a de la vie, ainsi, petit à petit, à pas de fourmis, je les réalise.
La curiosité est mon moteur, la vitalité est mon carburant, l'âge, mon frein à main.C'est ce que je me raconte en grimpant dans la pente de neige qui me conduit vers ce projet vieux de 11 mois et demi.
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Tout a commencé le 28 mai 2017, perchée en haut de la Dent d'Orlu, ou Pic de Brasseill, Ariège, 2222 m.
Je découvrais un panorama sublime dont un détail devint coup de coeur: un cirque de montagnes suspendu, agrémenté de neige. "J'irai là bas sans neige" me dis je ce jour-là.
Quand je pris la route, vendredi, j'ignorais que j'irais là bas, 11 mois avaient passé...
 Là bas ? c'est ce petit point rouge qui recouvre la cabane de Parau.

Depuis la Dent d'Orlu (mai 17), la cabane de Paru dans son cirque de montagnes)

En juillet dernier, j'avais fait une rapide incursion à la recherche du sentier non balisé. Une bronchite mise à mal par le Pic de l'Homme Mort, la veille, m'interdit d'explorer le sentier très pentu en forêt : mais au moins je l'avais repéré.
Août fut le théâtre d'une invalidité , une cruralgie féroce, qui pendant 4 mois balaya rêves, projets et espérances.
Aujourd'hui, la cruralgie est devenue une compagne de vie, discrète mais présente.
Je l'emmènerai donc là haut, vers Parau, car ce projet refit soudain surface sur ma route en ce jour lumineux et estival, vendredi.

Mai 17, le décor ; aujourd'hui, mai 18,  tout est enneigé (cabane en rouge)
Tout autour, mes prochains projets d'été

Au pied de la Dent d'Orlu 2222 m (Pk à 1122 m)
Le soir, je m'installe en solitaire à 1122 m d'altitude sur un parking de montagne, au plus près du sentier. Nuit sereine, ciel lumineux, après une soirée douce bercée par le vol lent d'un gypaète habitant des lieux, la Dent d'Orlu,  2.60 m d'envergure ! Il vole à plus de 1000 m au dessus de ma tête! Un enchantement.


Gypaète barbu


Nuit bruyante, la rivière Oriège gonflée d'eau bouillonne et tonitrue à souhait.
Samedi matin, au réveil, le ciel s'habille de gris : je pars !

Cairn
Un grand sac contenant vêtements d'été, d'hiver, crampons, piolet, guêtres, carte, boussole, est logé sur mon dos et à 7 h 15, je prends le sentier ni balisé ni cairné : peu importe, ce sera mon oeuvre du jour ; je monte lentement et pendant 2 h 15, je marche en édifiant des cairns. 251 m/h, c'est peu, mais tout en haut, le sentier est entièrement cairné. Pour la postérité.


Ce qui ne m'empêche pas de savourer cette montée, jamais silencieuse: lorsque enfin la rivière se tait, c'est le torrent (ruisseau de Chourlot) qui prend le relais : lui, sur près de 500 m, saute de cascade en cascade dans la forêt. Je sais que si survient le brouillard, je n'aurai qu'à le suivre !



Montée en forêt et place charbonnière


la Dent d' Orlu, derrière moi

Le ruisseau de Chourlot
il cascade sur 500 m






















Dans la hêtraie, je rencontre d'anciennes places charbonnières - nous sommes près des forges d' Orlu - plate formes au sol noirci qui parlent du passé. Le sentier se perd avant d'arriver en haut : une observation de la carte me permettra de le reconstituer et de le cairner. Toutefois ce ruisseau, que dis-je, ce torrent furieux m'inquiète : sera t'il mon terminus ? Faudra t'il le traverser? Ici au lieu dit "cascade"?

Effectivement j'arrive au plus près de son eau et je ne peux continuer dans ces éboulis remplis d'arbres et de neige. La carte me dit que de l'autre côté c'est carrossable et la configuration de terrain me dit "traverse!". C'est simple : se déchausser et marcher dans une eau surgie des neiges...facile mais douloureux !


Passage à gué !
De l'autre côté, c'est un jeu d'enfant de longer la rive et d'atteindre la jasse (prairie) enneigée : altitude 1618, 496 m de dénivelé depuis le départ, le paysage s'ouvre. Et il est bien plus enneigé qu'en 2017.

Première jasse : le ruisseau sort directement du pont de neige

Dent d'Orlu en fond : je suis parée pour la neige

Je monte dans un silence remarquable, le torrent naît sur un autre chemin .
Le ciel est gris, la montagne silencieuse, dans mon dos, la Dent d'Orlu est LE paysage du jour. Je fais un cap à la boussole au cas où la brume m'envelopperait au retour.

Une observation du terrain me permet de choisir ma route et je tombe sur des empreintes humaines : bien joué ! je n'ai plus qu'à suivre. le sentier est visible et disparaît dans les névés que je traverse ou grimpe, piolet en main, le frein. Surtout je ne souffre plus de ces étouffements et du manque de souffle qui entravent depuis 2 ans toutes mes balades : par quel miracle ? je ne sais, mais ma vie en est changée ...quelle délivrance, il me semble avoir rajeuni de 10 ans !




Armée

La Dent d'Orlu et son "nerf",
couloir de 1000 m


























La montée à la cabane de Parau se fait en trois paliers successifs: d'abord je franchis une raide montée de 187 m et la pluie fait son apparition; fine mais légère et fugace, ce qui m'incite à poursuivre. Le 2nd palier de 246 m m'oblige, à 1856 m, à chausser les crampons : la neige s'est durcie et m'invite plutôt à la marche arrière. Je scrute le ciel de crainte de la brume mais elle ne semble pas vouloir s'inviter. Tout est sombre, les montagnes noires, le ciel, les coulées de neige, les forêts, qu'est ce que cela doit être beau par grand soleil ! Un vent assez fort souffle mais il ne fait pas froid; il est vrai que je ne suis pas frileuse.


Je vais là haut ou j'y vais pas ? la question se pose en cet endroit
Il commence à pleuvoir

Coulée d'avalanche 

Il pleut

Et il pleut encore un peu

Je remonte la coulée d'avalanche, 3 eme palier,  en écoutant la montagne, prête à bondir sur les hauteurs : rien ne bouge et finalement j'atteins le but fixé, toujours sans voir la moindre cabane. Les premières marmottes de la saison font entendre leur sifflement de tortillard à vapeur, premier signe estival, je leur réponds de mon sifflement de fausset: figées , elles écoutent, boules de fourrure dans le blanc manteau.


Les premières marmottes

Sud :Vers la Couillade de Pinet

Ouest : Pics de Roque Rouge et de Parau

 Je me retourne et que vois je que j'ai failli manquer ? Au pied du cirque des pics de Roque Rouge (bien noirs et marqués de coulées) un toit d'ardoises grises posé sur le tapis neigeux, exempt de murs : la cabane pastorale de Parau ! Ma joie est grande: mon projet est réalisé.

Au pied de Roque rouge, le toit de la cabane est presque invisible
J'ai eu la chance de l'apercevoir

Au zoom

Ce n'est pas une cabane ! C'est la dent d'Orlu

La Dent avec son nerf !

La face la plus ventée 
Altitude 2051, je suis au pied...du toit, sur ce  belvédère que la Dent surmonte de quelques 170 m.

La cabane est fermée, engloutie dans la neige, je n'en verrai pas grand chose. Un petit bâtiment couvert de tôle, tout proche, encore plus noyé est le petit refuge public, comptant 2 places, il serait vain de vouloir y entrer, un souterrain serait à creuser !!

La cabane et son cabanon à droite


Dent d'Orlu et Pic du Tarbezou au loin

Le ciel se déchire de quelques trouées bleutées mais je n'irai pas plus haut, je garde cela pour l'été, je n'aurai rien à cairner n'est ce pas ?
Quel décor, quel calme, quelle beauté noire et blanche dans cette neige teintée d'ocre: et ce silence, cette solitude où je me sens bien, sans crainte aucune. Encore un rêve de réalisé...mais un randonneur ne peut s'autoriser à la liesse qu'une fois regagné son véhicule.




Je repars donc en sens inverse, décidée cette fois puisque bien chaussée de ne descendre qu'en neige : jolies pentes bien prononcées dignes d'un moyen couloir, avec quelques 35° de moyenne (estimation confirmée par Géoportail), où je m'adonne aux joies de la descente rapide et sûre.

Vue d'ensemble d'une partie
des 300 m de pente enneigée
Dans la pente

Le frein à main
Il ne me reste plus qu'à faire comme le ruisseau, plonger dans la pente après m'être encore confrontée à ses eaux glacées.


La 1ere ligne verte des arbres marque la plongée dans la pente : 500 m d'à pic





Le passage à gué bien glacé

Descente en forêt 

 La Dent d'Orlu qui était devant mon nez depuis là haut disparaît derrière les arbres, la chanson de l'eau emplit la montagne et, arrivée au terminus, je ne peux manquer de faire un crochet pour aller voir ses flots rejoindre ceux de l'Oriège en de glacées épousailles.



le Chourlot rejoint l'Oriège


Sans quoi mon périple eut été incomplet.

Au final, Parau, tout en haut, est bien une histoire d'eaux.

L'Oriège 

Mon trajet
dénivelé: 960 m cumulés positifs
Le trajet du jour, aller retour par le même chemin (il n'y en a pas d'autre)