vendredi 16 février 2018

Balade Catalane, ou les chemins du hasard

Il faisait un temps très maussade ce week end dernier, ce qui n'étonnera personne, la France entière est dans ce cas. Et ça dure On est en hiver, certes mais depuis longtemps les saisons ont un goût bizarre.
Le vent violent semblait même épousseter les montagnes et me bouta hors de France, je savais où il fallait aller pour lui échapper.

Battu des vents, le paysage chez moi
Drapeau catalan


L' Ariège étant trop lointaine et mal lotie côté météo, il me restait donc la Catalogne, plus proche et...côté sud des montagnes quand même. Et puis j'aime aller en Catalogne.
Je n'y allais pas pour randonner, juste pour rouler.

Le Boulou, La Jonquera où le vent me secoue, Figueras, Vilafant où le vent rend les armes, Olot enfin, les pieds presque dans la neige. Je quitte les voies rapides (on roule à 100 côté Espagne) et je comptais partir sur une minuscule route que je découvris un jour par pur hasard. Je compris vite qu'elle risquait d'être enneigée; je n'ai aucun équipement pour le kangoo sinon une bêche de vigne...
Il est à côté d' Olot, petite ville sympathique encombrée de radars,une route qui grimpe de côtes en tunnels et rejoint Manlleu. Une simple route (100 km/h) qui, lorsque je passe le dernier col m'envoie en plein visage une vue unique : la Pedraforca enneigée. Impossible de me garer, impossible de photographier. La suite de ma journée sera de rencontrer un site haut perché pour retrouver ma montagne mythique.

Cela sera un véritable parcours du combattant. Il fait beau, le ciel est bleu, il n'y a pas un souffle de vent et si l'air est frais, il est très bien accepté. La neige habille délicatement le paysage à partir de 1100 m et dessine d'un coup de pinceau les reliefs, leurs failles, leurs lignes, c'est joli, c'est vivant.


Chaîne du Puigsacalm (Olot) 1514 m


 Je pique vers Sant Pere de Torello, un village sans grand cachet mais juste un peu perché. Trop bas pour la Pedraforca. Avec ses 584 m d'altitude, il lui manque 200 m pour la vue aérienne de la Pedraforca. J'avise alors un monastère très haut perché, une route qui y conduit, mais ce n'est pas celle ci. Ce chemin du hasard est très bucolique, conduit à une ferme et "es tallat" me dit un promeneur , il est coupé.

Monastère de Bellmunt 1247 m

J'arrive à trouver la route du monastère de Bellmunt, le Beau Mont, où trône cette solide bâtisse religieuse érigée sur la falaise.
La route est belle : sinueuse, étroite, le kangoo se régale. Le site est classé et présente de belles forêts, de superbes points de vue et une géologie remarquable.


Panorama de bocage : Sant Pere de Torello


Montagne très escarpée
pour monter au monastère

Verticalité ensoleillée
Escalader c'est bien
Tomber, un peu moins


Bien vite la neige fait son apparition. La route devient interdite mais j'y suis j'y reste et je ne serai pas la seule, ce qui va bien compliquer la situation. Je croise une série de motos, double quelques vélos mais devenue à voie unique et fort encombrée, j'ai l'angoisse de la rencontre.

La voie étroite

Qui ne tarde pas ! Je recule, on se croise et je repars. C'est un mur, des ravins, aïe...Le monastère grandit et se rapproche , juste au dessus de ma tête mais le terminus est là, encombré de voitures sur un minimum de surface: comment faire demi tour puisqu'il n'est pas possible de se garer? Le kangoo tournant sur place comme un tracteur agricole, je redescends, croisant d'autres inconscients, on se croise façon rodéo, en voilà un perché sur une boule de neige !! Je suis morte de rire.


Le monastère perché et inaccessible

Face à lui, les dentelles de Montserrat


Il est trop tard pour grimper à pied au monastère et trop tard pour espérer voir la Pedraforca.

Pas trop tard pour manger: il est 14 h...l'heure de l'apéro là bas. San Quirze de Besora, en bord du Ter - qui naît là haut dans les montagnes et dont on croise toujours la route liquide - me fournit le carburant, je suis à jeun depuis hier soir.

Le Ter à San Quirze

Au menu : canelons, galtes(joues) de porc et pa d'ous (pain d'oeufs)
le flan catalan

Sitôt mon repas dégusté, je file vers un éventuel point de vue . Santa Maria de Besora...les souvenirs remontent, tristes. J'avais dormi là, escaladé ce château que je découvre sous ses multiples visages , voyagé avec ma petite Lison alors que j'étais triste du suicide de mon ami Camille. J'avais confié à mon blog mon chagrin tout neuf (clic) je suis à présent triste de leurs deux absences...


Le château de Sta Maria que j'ai visité en 2015
Santa Maria de Besora


Moment farniente, face à l'église et au château


La vue à l'envers, depuis le château (zoom) Avril 2015




Je  monte sur Vidrà et la neige qui l'habille, c'est beau, c'est froid , je retrouve le monastère de dos et la Pédraforca qui offre sa double tête mais non ses pieds: enfin j'ai réussi à la revoir, ma montagne de coeur! Double comme un coeur...Cette montagne que j'ai dans le coeur. Mais fort loin encore pour y accéder.

Route de Vidrà


Le Monastère de Bellmunt de dos
accessible par une piste de terre (enneigée)



La Pedraforca enfin !!



















Vidrà : le dernier village de la route à 979 m d'altitude; ensuite part d'ici la toute petite route enneigée qui va vers Olot, ce morceau de chemin de hasard si beau au printemps mais qui pourrait être si traître sous mes roues dans la neige. Vidra glacée et animée vaut le voyage.


Neige gelée, faut s'accrocher !

Monuments de Vidrà 


Dès lors, je peux amorcer mon retour qui se fera par une route classique , que je connais aussi mais je les connais toutes !!
Dans cette région il y a beaucoup de choses à découvrir lors de randonnées que je n'ai pas faites : des cascades, des bouches d'air glacé sorti des montagnes, des grottes; un patrimoine rural, volcanique , religieux, des trésors enfouis entre collines, bois et ruisseaux. Quand je randonnerai bien vieille.....et peut être même avant!
Château de Sta Maria




Sa seule nouveauté sera la neige, omniprésente, dès les 1000 m ou moins, donnant à cette journée d'été un petit air décalé. Et une fin d'après midi fort frisquette.

La route d' Olot et la montagne de Puigsacalm 1514 m
par le Col de Bracons 1012 m

J'arrive à Olot, posé bien à plat dans une vallée à l'air glaciaire mais à la réalité volcanique.


Plaine d'Olot et Puigsacalm
L'hiver aux portes de la Garrotxa (région d'Olot)
La ville et ses horribles radars, la voie rapide et ses radars...que c'est pénible !!
Au terme de 320 km et je ne sais combien de radars, pour le moins une dizaine, je serai chez moi. La tramontane féroce m'empoigne à Vilafant, vent de face qui me fera tanguer comme un radeau ivre jusqu'à la maison.
Mais ces chemins de hasard pour rien au monde je ne m'en fusse passée.... 







Pour revoir sur mon blog une rando musclée :la Pedraforca en un clic 





lundi 5 février 2018

Au balcon dans la brume et la neige : 1731 m

Mon balcon s'appelait Col de la Cirera, (de la cerise) et, cerise sur le gâteau, il était au milieu de nulle part, perché dans la brume épaisse , en plein air et constellé de flocons de neige.
Fallait sans doute être un peu givrée pour apprécier mais, avant d'être givrée au sens propre, j'ai du m'en détacher.

                                                 .....................................................

Quand j'ai quitté ma plaine au soleil, le Canigou étincelait sous un ciel pur que je savais éphémère.
Le long des 47 km de ma route endimanchée de traînards au volant, j'ai vu arriver d'un pas plus rapide des nuées sombres dans le ciel, puis sur les sommets du massif du Canigou , juste avant que je n'entame la petite route sinueuse qui y conduit en 20 km.


La neige avait bien reculé depuis dimanche dernier tandis que le mauvais temps avançait. J'ai posé mes roues au parking du col et je suis partie équipée, le piolet en prime cette fois, car où je voulais aller il risquait fort d'être utile.


Dès mes premiers pas,  j'ai compris que je n'irais pas au Pel de Ca habillé déjà par une brume intense. Alors j'ai musardé dans le silence, le calme plat et le désert ambiant. J'ai pris mon temps, le Col de la Cirera serait le terminus.

Un ciel mitigé

La fontaine de glace

 Le décor en montagne peut être fort changeant : la mer était invisible, la plaine sans relief, comme derrière un verre dépoli, les montagnes d'un bleu froid et les nuages fort présents tout là haut.



J'ai fait du tourisme dans les plaques de neige durcies par le gel, rencontré une drôle de fontaine de sucre glace et croisé la route d'un cabanon décoré par un nostalgique de la mer :  Montagn'Art égaré ne manquant pas d'humour.


Montagn'Art sur un bâtiment de la mine
















Les oiseaux étaient mes seuls coéquipiers sur le sentier glacé : petits oiseaux aux chants printaniers et stridents, sinistres corbeaux jouant avec les courants . Pas un humain, pas une voix, un silence figé où de minuscules flocons virevoltaient sans bruit, trop petits pour simplement murmurer.


Sur mon chemin je regardais les lointains : la vallée, Corsavy, les collines dénudées parsemées de vieux mas silencieux, la route mince , fine et noire, les montagnes frontalières grises et sombres. Dans un silence parfait. J'ai lancé un regard aux carrières en plein air, remplies de poudreuse, et je suivais des yeux la brume de plus en plus épaisse recouvrir ce qui aurait du être mon chemin vers le Pel de Ca.
Mine à ciel ouvert




Au col, la brume gagne du terrain, étoilée de flocons : Pic St Pierre


Col de la Cirera : la neige est gelée, je veille à ne pas glisser, la chute serait longue et je ne vais pas sortir le piolet pour 10 mètres quand même ! Par expérience je sais que le danger guette jusqu'au dernier pas.
Il y a encore un peu d'horizon au col mais faible : je connais son décor, ses lointains, je n'en vois rien, juste une ouate grise qui s'avance et sur laquelle ce drôle de sapin semble avoir projeté son ombre !

La brume monte des profondes vallées, côté sud


Un pin rabougri et son étonnante "ombre"

Je fais quelques pas sur le sentier qui monte vers le Pel de Ca, se perd dans la neige, la forêt et la brume. Le sol est gelé, si j'avais fait la randonnée prévue j'aurais chaussé mes crampons, ça glisse dur. Mais je bats en retraite, la brume monte des vallées, le décor disparaît, comme le St Pierre pourtant bien dégagé, avalé par cette brume fine, lisse, glacée.


Vers le départ du sentier montant au Pel de Ca

Je m'assieds sur une borne en ciment qui n'est pas une des 602 bornes Pyrénéennes puisque la frontière ne passe pas ici. Elle me fera un siège acceptable, sec mais glacé.

Assise sur mon balcon j'écris

 La brume achève de monter du fond de la vallée, m'enveloppe, je suis seule au monde, au milieu de rien alors que je connais le magnifique décor. Cela me plait de n'avoir plus rien, juste le vent glacé qui siffle à mes oreilles, les flocons denses qui crépitent sur ma veste , les pages de mon carnet, mes gants et dans mon gobelet de boisson chaude. Je me sens presque immatérielle, perdue dans cet immense horizon pourtant réduit à quelques mètres, mais un horizon que je sais, derrière le rideau. Je m'attarde, moins pour écrire que pour écouter cette vie rare et suspendue, entre parenthèses, dans cette montagne. Je m'attarde parce que, simplement, je suis bien.

dans le froid, la brume, la neige

C'est le froid qui me fait lever et reprendre le sentier.

Départ : le retour

Paysage ouaté et silencieux

A présent l'horizon est complètement bouché, il neige bien; je ne peux pas me perdre, c'est bien balisé. Je m'offre même un petit supplément de gâteau, en allant saluer une ancienne galerie de mine et m'amuser sur la grande coulée de neige dont les différentes "couleurs" indiquent la qualité : poudreuse ou gelée.
La coulée de neige 

Roche ferreuse


Je m'amuse dans la coulée de neige

Les "couleurs" de la neige, selon sa consistance

Arrivée à ma voiture, je suis la seule touriste. Il est 13 heures, je prends une collation qui est à la fois petit déjeuner et repas de midi, avant que de reprendre la route, sous la neige . La pluie la relayera à la côte 900 environ.
Il neige dru au parking

Et sur la route : enfin je l'aurai eue
ma neige !!

Alors ayant du temps devant moi, je décide d'aller rendre visite à André dans son vieux mas de montagne, une ferme d'antan, loin du village, et je plonge d'un coup dans ma lointaine enfance : le sol en ciment, l'âtre à ras du sol, le billot de bois servant de "cantou", les sabots, les animaux de la ferme, et toujours cette neige qui estompe la tristesse et la nudité de cet hiver qui commence à peine. La convivialité légendaire d' André fait le reste, ce petit supplément d'âme, cette saveur oubliée dans "la vie d'en bas" .

Au mas de montagne


Que du bonheur !


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